La Mission d’appui des Nations unies en Libye (Manul) a dénoncé avec vigueur une vague d’arrestations « arbitraires » qui secoue le pays, ciblant particulièrement des avocats, des magistrats et d’autres figures de la société civile. Dans un communiqué publié dans la nuit de samedi à dimanche, elle a appelé à la « libération immédiate » des personnes détenues et à des poursuites judiciaires contre les responsables de ces abus, qualifiés de « pratiques illégales ».
Selon la Manul, ces arrestations, menées par les forces de l’ordre libyennes, visent à réprimer toute forme de dissidence et à museler les voix critiques, notamment celles soupçonnées d’affiliations politiques divergentes. « Nous sommes alarmés par cette vague d’arrestations et de détentions arbitraires qui exploitent les pouvoirs des forces de l’ordre pour faire taire les opposants et porter atteinte à l’indépendance de la justice », a déclaré la mission onusienne. Ces agissements, ajoute-t-elle, instaurent un « climat de peur », réduisent l’espace civique et fragilisent davantage l’état de droit dans un pays déjà marqué par des années d’instabilité.
La Manul a également pointé du doigt des pratiques particulièrement préoccupantes, comme la diffusion de vidéos d’ »aveux filmés ». Ces enregistrements, dans lesquels des détenus sont forcés de confesser des crimes présumés, sont publiés en ligne pour « intimider et humilier » les victimes. Présentés comme des « preuves » par les autorités, ces aveux devraient être jugés « irrecevables » et leurs auteurs traduits en justice, insiste l’ONU.
Parmi les cibles de cette répression figurent des avocats et des juges, dont plusieurs cas emblématiques ont été cités par la Manul. Le juge Ali al-Charif, par exemple, a été victime de violences lors de son arrestation à Tripoli le 10 mars. À Benghazi, l’avocat Mounir al-Orfi est détenu arbitrairement depuis le 12 mars. À cela s’ajoutent les cas de deux procureurs militaires, Mansour Daoub et Mohammed al-Mabrouk al-Kar, emprisonnés à Tripoli depuis 2022. « Ces détentions soulignent les menaces croissantes pesant sur les professionnels de la justice et compromettent leur indépendance », déplore la mission.
La Libye reste engluée dans une crise politique et sécuritaire profonde depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011. Deux administrations rivales se disputent le pouvoir : un gouvernement basé à Tripoli, dans l’ouest, reconnu par la communauté internationale, et un autre à l’est, soutenu par le maréchal Khalifa Haftar. Cette division alimente les tensions et les violations des droits humains, rendant la transition démocratique hypothétique.
Pour la Manul, les agissements actuels des forces de l’ordre aggravent encore cette situation. « Ces pratiques ne créent pas l’environnement nécessaire à une transition démocratique et minent la confiance des Libyens dans les institutions censées protéger leurs droits, et non les violer », souligne le communiqué.
Face à cette dérive, la Mission d’appui des Nations unies exige des mesures concrètes : la libération sans délai des personnes arbitrairement détenues et la mise en place de mécanismes pour juger les responsables de ces abus. Elle appelle également à une réforme profonde des pratiques des forces de sécurité, afin de restaurer un semblant d’état de droit et de redonner espoir à une population épuisée par des années de conflits et d’incertitudes.