Le 28 mars 2025, le vice-président américain JD Vance s’est rendu à la base spatiale de Pituffik, au nord-ouest du Groenland, ravivant les tensions entre Washington et Copenhague. Cette visite, perçue comme une démonstration de force des États-Unis dans l’Arctique, soulève des inquiétudes au Danemark, qui craint une remise en question de sa souveraineté sur l’île.
Située à 1 200 km du pôle Nord, la base de Pituffik, anciennement Thulé, est un élément clé du dispositif militaire américain depuis la Guerre froide. Exploitée par l’US Air Force et la Space Force, elle joue un rôle crucial dans la surveillance des missiles intercontinentaux et le suivi des activités spatiales. Son emplacement en fait un atout stratégique majeur face à la montée en puissance des missiles hypersoniques russes et chinois, capables de menacer directement le territoire américain.
Depuis plusieurs années, les États-Unis renforcent leur présence dans l’Arctique, arguant de l’importance géopolitique de la région. L’administration Trump, revenue au pouvoir en 2025, poursuit cette politique avec une volonté assumée d’accroître l’influence américaine au Groenland.
La visite de JD Vance a suscité une réaction immédiate du Danemark et des autorités groenlandaises. Si Washington a limité son déplacement à la base de Pituffik – sous contrôle américain depuis les années 1950 –, les responsables danois y voient une tentative d’affirmation de souveraineté déguisée. L’histoire récente nourrit cette méfiance : en 2019, Donald Trump avait exprimé son souhait d’acheter le Groenland, une proposition jugée insultante par Copenhague.
Le gouvernement danois considère désormais chaque initiative américaine comme une possible remise en cause de son autorité sur l’île. De leur côté, les dirigeants groenlandais, qui revendiquent une plus grande autonomie, restent partagés entre l’opportunité économique qu’offre la présence américaine et le risque d’une ingérence croissante.
Longtemps négligé, le Groenland est aujourd’hui au cœur des rivalités internationales. Avec la fonte des glaces, de nouvelles routes maritimes et des ressources naturelles jusqu’ici inaccessibles attisent les convoitises. La Chine manifeste un intérêt croissant pour l’île, tandis que la Russie militarise ses propres positions dans l’Arctique.
Face à ces enjeux, Washington justifie son engagement par des impératifs sécuritaires. « Pituffik est un maillon essentiel de la défense américaine et de la stabilité arctique », affirme un haut responsable du Pentagone. Mais pour le Danemark, cette présence accrue des États-Unis pourrait affaiblir son contrôle sur le Groenland et alimenter les aspirations indépendantistes de l’île.
Si la visite de JD Vance n’a pas entraîné de rupture diplomatique immédiate, elle illustre les tensions croissantes entre Washington et Copenhague sur la question du Groenland. Le Danemark devra jongler entre la nécessité de maintenir de bonnes relations avec son allié américain et la défense de sa souveraineté sur un territoire de plus en plus stratégique.
Avec les États-Unis bien décidés à renforcer leur emprise sur l’Arctique, la question du Groenland pourrait bientôt devenir un nouveau point de friction sur l’échiquier géopolitique mondial.